Découvre l’influence des traumas du développement et de la dysrégulation du système nerveux sur ta qualité de vie et ton bien être général.
24 Janvier 2025
Et si on repensait la posture de l’accompagnant ?
Lorsqu’on fait le choix d’accompagner des personnes, il est évident que consciemment, on a fait le choix d’être au service de l’émergence chez l’autre, au service d’un mieux être, et qu’on ne cherche pas à lui nuire.
Mais la posture de l’accompagnant telle que transmise en France est souvent verticale (quand elle est transmise, car souvent les formations sont assez lacunaires sur le sujet).
Qu’entends-je par verticale?
C’est quand il y a celui qui sait, et celui qui ne sait pas.
Souvent, l’accompagnant croit qu’il est censé savoir pour l’autre.
Alors évidemment, il y a un minimum (voire un max) de back ground, de formation, de connaissance du fonctionnement de l’humain, de sa physiologie, de sa psychologie, a avoir.
Mais l’accompagnant est aussi, souvent, confronté à son non savoir.
Pourquoi ça marche pas avec cette personne alors d’habitude ça ça marche?
Pourquoi là ça bloque?
Et face à cela, quand on a appris qu’on est censé savoir et que c’est censé marcher,
Et qu’on a appris un ou plusieurs protocoles,
Qu’on a appris le principe,
Mais qu’on n’a pas appris à interagir avec les exceptions (qui sont plus nombreuses que le principe),
L’accompagnant peut se sentir impuissant, car il croit que ça devrait marcher.
Avoir transmis en formation cette illusion que l’accompagnant sait et que ce qu’il a appris fonctionne à tous les coups, et que si c’est pas le cas, c’est que la personne ne le veut pas vraiment,
C’est mettre l’accompagnant en difficulté face aux personnes qui ne réagissent pas de la manière attendue, aux protocoles ou méthodes habituelles de l’accompagnant.
Et c’est inadéquat pour les personnes sur lesquelles cela ne fonctionne pas. Tu ne viens pas en accompagnement pour t’entendre dire que tu ne le veux pas vraiment. Sinon… tu serais pas venu en accompagnement.
Un accompagnant en difficulté,
Mis face à son impuissance,
Aux limites de ses connaissances,
Peut voir s’activer en lui des mécanismes de survie.
Un danger peut être perçu par cet accompagnant, dans cette situation.
Et qu’est ce qu’il se passe quand un danger est perçu?
On fuit, ou on combat.
C’est typiquement ce que m’a décrit ma cliente tout à l’heure.
« Ma psy m’a dit de faire un effort pour aller rencontrer des hommes, et de faire un effort pour en trouver un qui me plait. Elle disait que je ne faisais pas d’effort. Elle me disait qu’on avançait pas, et qu’il fallait que j’y mette du mien car je suis la seule cliente pour qui ce soit si long ».
« La spécialiste du système nerveux que j’ai consulté m’a dit d’arrêter de faire la victime car c’est pas comme ça que nous allions avancer ».
Qu’a fait ma cliente?
Face à sa psy, elle a remis un masque et lui a dit à la séance d’après « oh merci, je me sens tellement mieux, je me sens capable d’arrêter le travail ».
Face à la « spécialiste » du système nerveux, une partie de ma cliente habituée à se suradapter, a calibré ce que l’accompagnante recherchait et s’est adaptée à ce qu’elle était censée ressentir dans les pendulations. Puis elle lui a dit « ça va mieux, génial, on peut arrêter ».
En réalité, ma cliente est furieuse.
Elle se sent encore plus mal qu’avant,
Ne s’est pas sentie entendue,
Elle s’est brutalisée et a pris sur elle pour faire croire que « tout marchait »,
Car elle ne se sentait pas en sécurité pour dire « stop, là c'est trop/ là ça ne marche pas pour moi/ là j’ai une partie qui ne veut pas ».
Et elle me dit « mon Dieu qu’elles étaient nulles ».
Je nuancerai. Elles ont été formées à accompagner des personnes répondant à leurs connaissances, elles n’ont pas été formées pour toutes sortes d’exceptions, qui en réalité sont la règle.
Et lorsque ça ne marche pas, l’impuissance ressentie par l’accompagnant a généré chez celui-ci un passage en état de survie.
Et en état de survie, on n’est pas en état de constater avec curiosité, ni en état de cocréer.
On est en état de juger, d’accuser l’autre.
Pour ne pas ressentir notre propre impuissance.
Il y aurait à mon sens un immense bénéfice à repenser la posture de l’accompagnant, pour les accompagnés, comme pour les accompagnants.
Un énorme bénéfice à passer d’une relation verticale, à une relation de cocreation.
Ce qui fonctionne pour la majorité ne fonctionne pas?
Ok, intéressant!
Ça n’est qu’un indicateur.
Ça n’est pas un échec personnel!
Et c’est là où la co-création avec l’accompagné est cruciale, afin de pouvoir lui dire : « ok, intéressant, ça ne fonctionne pas du tout, ou très peu.
Pas de problème, on va trouver un autre point d’entrée.
Et si ça fonctionne encore pas, on trouvera un autre point d’entrée.
Comment es tu avec cette idée? »
La cocréation, c’est amener, dans une séance, notre expérience d’accompagnant ainsi que nos connaissances théoriques et pratiques, au service d’un cas particulier.
Sans essayer de plaquer sur ce cas particulier, un protocole tout fait, ou une suite de techniques bien rodées.
La co création, c’est être en position de curiosité face à chaque mécanisme inconnu,
Afin d’aller, avec curiosité, faire connaissance avec ce mécanisme,
Et afin de construire une manière unique d’accompagner la personne à se libérer de ce mécanisme.
C’est aussi avoir un panel de propositions assez étoffé, pour ne pas se retrouve coincé entre les « 3 protocoles miracles qui marchent à tous les coups » qu’on a appris.
C’est développer notre curiosité d’accompagnant,
Et notre agilité,
Notre dextérité.
Au service du client,
Et de sa libération.
La co création, c’est aussi une écoute au millimètre du client,
Et un questionnement au millimètre aussi.
Afin de cocréer avec lui, dans l’instant, ce qui sera à SON service.
Je ne pense pas qu’on soit devenu accompagnant pour appliquer inlassablement la même séquence. Ça doit être chiant à la fin.
Ça n’est pas au client de s’adapter à notre méthode,
Mais à l’accompagnant de trouver, parmi sa boîte à outil, et avec curiosité,
Ce qui va fitter avec ce client,
Ce jour là.
Et ça demande vraiment que l’on questionne la posture de l’accompagnant.
Qui n’est pas censé tout savoir.
Mais qui est tout à fait capable de cocreer, au millimètre, et avec curiosité, avec chaque client.
Sans essayer de le faire rentrer dans une case.
En mettant au service du client, sa multitude d’outils, de connaissances,
Après seulement avoir écouté, minute après minutes, secondes après secondes, le client, pour pouvoir réajuster au plus optimal pour le système du client.
Pour ne pas brutaliser,
Ni culpabiliser,
Ni se sentir en échec, d’un côté comme de l’autre de la relation.
Pour la première fois après une séance,
Ma cliente s’est sentie écoutée,
Entendue,
Et prise en compte.
C’est cool pour moi,
Mais franchement c’est moche que cette BASE ne soit pas réellement une base.
Vivement le jour où les clients diront « je me suis sentie ultra écoutée, ultra soutenue, par contre, l’accompagnant m’a dit que ça, ça dépassait sa compétence et elle m’a renvoyé vers telle compétence plus à mon service ».
On en est capable,
Parce qu’on est humain,
Et qu’on est tous fournis avec un système d’engagement social,
Qui ne demande qu’à s’exprimer,
Une fois les mécanismes de survie libérés.