Découvre l’influence des traumas du développement et de la dysrégulation du système nerveux sur ta qualité de vie et ton bien être général.
12 Janvier 2025
« La plupart de nos problèmes, dits « psychologiques », sont en réalité dus à des figements internes qui nous empêchent de nous connecter à nous et aux autres.
Ces figements, résultant de nos traumatismes de développement et de choc, entraînent une dérégulation du système nerveux et secondairement, des perturbations des liens d’attachement, des distorsions d’identité et d’innombrables symptômes… qui, ensuite, entretiennent la dérégulation.
Le défigement nous redonne la capacité de nous connecter à nous et aux autres. La perception subjective et incarnée de cette capacité nous donne le sentiment de « re découvrir un corps qui vit, ressent et sait », de nous aimer et d’aimer les autres et ce faisant de « naître une 2ème fois » comme l’écrit joliment Victor Hugo.
Il est étonnant pour moi de constater que ce concept de figement – défigement, si essentiel à la compréhension du traumatisme et de ses conséquences, est si peu connu. Dans un article de « Psychologies Magazine » de 40 pages consacré au traumatisme en 2024, ce concept n’est pas évoqué une seule fois !
Peut-être reste-t-il « inconcevable », pour sapiens-sapiens, surtout un sapiens-sapiens francophone, d’admettre que non seulement il fonctionne à beaucoup d’égards comme un animal, mais qu’en réalité, dans ce domaine de la réponse à la menace, il fonctionne beaucoup moins bien que le plus simple des animaux…
Dans ce domaine en effet, l’intelligence de sapiens-sapiens, peut être contre-productive… nous ne résolvons pas nos traumatismes en ne faisant qu’y « réfléchir ». Nous les aggravons même souvent car nous nous éloignons encore plus de nous-même, de notre sensori-motricité et de notre émotivité, et donc de notre capacité à nous mettre en mouvement.
Se connecter à soi et aux autres est une des formes de mouvement, intérieur et extérieur, et c’est ce mouvement que nous bloquons en nous figeant au-delà de la période où ce figement a été nécessaire.
Dès que ce mouvement apparaît, face à une situation qui exigerait de nous une mobilisation, nous le bloquons.
Nous « choisissons » perpétuellement de survivre en nous immobilisant plutôt qu’en agissant. En réalité nous nous bloquons préventivement, avant même que la situation problématique n’apparaisse.
Nous le faisons de manière extrêmement précoce au niveau sensoriel en nous coupant de la perception de nous même et des autres… En nous figeant nous dissocions notre motricité de notre sensorialité et nous ne voyons plus le monde tel qu’il est…
Au niveau moteur nous le faisons en nous contractant (sur-couplage et tension) puis en nous relâchant (sous-couplage et flaccidité).
Au niveau émotionnel, quand ce mouvement apparaît sous la forme d’une émotion, d’un mouvement intérieur, (émotion vient de ex movere : se mettre en mouvement), le plus souvent la colère, nous nous en coupons en nous déconnectant de notre corps, siège de nos émotions.
Un exemple récemment vécu pour illustrer ces mécanismes :
Un patient m’évoque un état dépressif assez sévère suite à une rupture amoureuse. Il ne comprend pas pourquoi il ne parvient pas à faire le deuil de cette relation, après plusieurs mois… Il le croit lié au fait qu’il continue à rencontrer son ex-compagne car ils travaillent au même endroit.
Il apparait rapidement que sa tristesse, apparemment sans fin et sans fond, est une émotion secondaire qui lui permet d’éviter l’émotion primaire, la colère. Il prend conscience que son ex-compagne avait noué avec lui une relation ambivalente, comme l’avait fait sa mère qui ne lui donnait que très peu d’affection mais en exigeait énormément.
La colère légitime liée à ce comportement maternel n’ayant pu être exprimée enfant, car trop dangereuse pour la relation, il avait dû s’en couper. Et ce sentiment de « trahison » de l’amour de l’enfant envers son parent s’était rejoué adulte dans un tout autre contexte.
Le défigement, par une reconnexion à l’émotion primaire, la colère, puis à son expression, a amené une nette atténuation de l’émotion secondaire, la tristesse. Il a pu mettre et sa mère et son ex compagne « en dehors de lui » et arrêter de se critiquer.
L’achèvement du deuil de la relation avec l’ex compagne lui a donné l’opportunité d’achever la relation avec sa mère… et lui ouvre la possibilité de créer ultérieurement un lien d’attachement plus « adulte <-> adulte » car moins « contaminé » par le figement issu de sa relation « enfant <- > adulte ».
Je suis toujours agréablement surpris de voir à quel point ce concept simple de « figement au-delà de la période nécessaire » et de « défigement dans l’Ici et le Maintenant » est le fil conducteur simple qui permet de dénouer des situations paraissant complexes et diverses. Ce concept est par ailleurs très « parlant » et « déculpabilisant » pour les patients.
Somatiquement vôtre,
Michel Schittecatte »