Découvre l’influence des traumas du développement et de la dysrégulation du système nerveux sur ta qualité de vie et ton bien être général.
19 Septembre 2026
Deux clics de désabonnement.
Et mon système nerveux a hurlé comme si ma maison brûlait.
Je consultais mes statistiques de newsletter, un jeudi comme un autre.
Rien de dramatique à l'horizon.
Et là, deux noms familiers dans la liste des désabonnements. Deux anciennes clientes.
Objectivement ?
Un non-événement.
Les gens se désabonnent des newsletters.
C'est même statistiquement prévu, ça a un nom, un taux, une ligne dans un tableau Excel.
Personne n'a le droit de te réclamer un abonnement à vie.
Mon corps, lui, n'a pas lu le tableau Excel.
Sidération.
Tristesse qui tombe d'un coup, sans prévenir.
Une sensation d'effondrement, littéralement, comme si le sol se dérobait sous mes pieds.
Une tension qui s'installe dans tout le corps, figée comme une statue de sel.
Pour deux clics de désinscription.
Si t'avais assisté à la scène de l'extérieur, t'aurais légitimement pensé que je venais d'apprendre un truc grave.
Un décès, une rupture, un redressement fiscal.
Pas un désabonnement newsletter.
Alors je me suis assise avec ça, plutôt que de me juger trop sensible et dramaqueen.
Je me suis rappelée que dans mes cours sur le trauma complexe, Janina Fisher racontait que ses clients confondaient "ceci me cause cette douleur ici et maintenant" avec "une mémoire procédurale -sensorielle et émotionnelle, sans mots- se réveille et je me retrouve il y a 20 ans, et pourtant j'ai l'impression que c'est actuel".
Ce que je viens de vivre, c'est un exemple concret, en direct, de cette mémoire implicite, ou procédurale. Et je trouve que rien n'explique mieux ce concept qu'un exemple vécu, plutôt qu'une définition sèche.
Voici ce qui se passe, techniquement, dans ton système nerveux et ton cerveau, quand ça t'arrive à toi aussi (et ça t'arrive, je te le garantis, même si tu n'as pas encore mis les mots dessus).
Ton amygdale, la sentinelle de ton cerveau, ne fait pas dans la nuance. Face à un signal qui ressemble, même de très loin, à un danger connu, elle ne vérifie pas les faits avant de sonner l'alarme.
Elle gueule "URGENCE" d'abord, elle réfléchira après.
Sauf qu'elle ne réfléchit jamais vraiment, ce n'est pas son boulot.
Résultat : ton cortex préfrontal, le stratège qui d'habitude évalue la situation avec un minimum de recul, se retrouve black-outé.
Hors ligne.
Le temps que l'alarme s'éteigne, c'est ton système d'alerte primaire qui pilote, pas ta capacité de jugement.
Et ton hippocampe, le bibliothécaire de ton cerveau, celui qui range normalement chaque souvenir avec une étiquette "c'était le [date], dans tel contexte, c'est terminé" ?
Sous la menace perçue, il est lui aussi inhibé. Il ne fait pas son travail de classement.
Donc l'événement d'origine, celui qui a créé cette réaction il y a des années, n'a jamais été rangé avec une étiquette temporelle.
Il a été stocké tel quel : des sensations, des émotions, des tensions musculaires brutes, sans récit, sans "c'était avant".
Une mémoire procédurale, encodée dans le corps plutôt qu'avec des mots.
Et c'est là que ça devient intéressant : ce type de mémoire ne donne jamais l'impression de se souvenir.
Elle donne l'impression que ça se passe maintenant.
Ce n'est pas moi, un jeudi ordinaire, qui "surréagis" à un désabonnement.
C'est une alarme vieille de plusieurs décennies qui vient de retentir, déclenchée par un stimulus qui n'a, sur le fond, aucun rapport réel avec la situation présente.
Deux clics ont suffi à faire remonter une sensation de "désintégration d'avoir déçu sans savoir ce que j'avais fait pour", et mon corps l'a vécue comme si elle se produisait là, en direct, pour la première fois.
C'est ça, la différence entre un souvenir et un symptôme.
Un souvenir, tu sais que tu te rappelles quelque chose.
Un symptôme, tu es persuadée qu'il t'arrive quelque chose, maintenant, alors qu'en réalité ton corps rejoue une bande enregistrée il y a longtemps.
C'est l'héritage neurobiologique du trauma, comme l'appelle Janina Fisher.
Si tu t'es déjà dit "je ne comprends pas pourquoi je réagis aussi fort à un truc aussi anodin",
ou pire,
si tu t'es traitée de "trop sensible", de "dramatique", d'"instable", lis bien ça : ton système nerveux ne fait pas n'importe quoi.
Il répond à une alarme qu'il a apprise à sonner un jour, dans un contexte précis, pour une raison qui avait du sens à l'époque.
Le mécanisme adaptatif de survie n'a pas de calendrier.
Pour lui, c'est toujours maintenant.
Le travail, dans le dialogue avec le trauma qu'on fait en accompagnement CRL, ce n'est pas de te forcer à "relativiser" ou à te raisonner plus fort (ça, ton cortex préfrontal a déjà essayé, et tu as vu où ça t'a menée).
C'est d'aller directement parler à la part qui porte cette mémoire-là, la reconnaître, la resituer dans le temps, jusqu'à ce qu'elle comprenne qu'elle peut enfin ranger l'alarme.
Si ça te parle, je reprends les accompagnements CRL à raison d'une séance par jour, le reste de mon temps étant pris par mon BTS diététique.