L’impact des traumas chroniques d’enfance sur ta vie d’adulte

Découvre l’influence des traumas du développement et de la dysrégulation du système nerveux sur ta qualité de vie et ton bien être général.

1845 : quand l'hyper-contrôle devient héritage

1845 - BRETAGNE

 

- Aux portes de l'enfer -

 

Il est seul, désormais.

 

Seul… et pourtant, il porte encore le poids de la honte paternelle.

 

Son père, se saoulant de taverne en taverne, laissant des ardoises partout.

 

Qui a fini par boire la coupe jusqu'à la lie. Il est mort.

 

Ne laissant à son fils comme compagnons de route, que le dénuement, et une honte suffocante.

 

La honte d'être issu de ce poivrot incapable d'assurer sa subsistance.

 

Indigne.

 

Il n'a pas de quoi rembourser les dettes de son père.

 

Il n'est même pas digne d'être choisi comme esclave par celui venant acheter des « wagons de bretons* » chez ces « nègres blancs* » (* faits historiques, cf fin de ce post).

 

L'indignité lui colle à la peau.

 

Le désœuvrement le ronge.

 

Le poids d'une vie inutile, désespérante et sans joie lui pèse si lourd qu'il est courbé lorsqu'il marche.

 

Mais il brûle de ne pas finir comme son père.

 

Il vit la même désespérance en son cœur.

 

Il ne veut pas vivre la même déchéance.

 

Oui, la Bretagne est devenue un lieu à fuir.

 

Oui, les récoltes sont mauvaises et la famine promène son faciès infect et vole des vies depuis plus de 30 ans.

 

Sans que la France ne s'en émeuve.

 

Car ils ne sont que des Bretons.

 

De la chair à canon.

 

Des esclaves, débiles, analphabètes et malodorants, comme le répète si souvent le marchand d'esclaves quand il vient « recruter ».

 

Un jour d'achat d'esclave, il observe le marchand.

 

Il observe sa dureté.

 

Ce maquignon dit que face à des Bretons, il faut serrer la vis, car ils sont indisciplinés et dangereux.

 

Alors il décide de se conduire avec lui-même comme le marchand d'esclave l'a décrit. Avec rudesse, dureté et implacabilité.

 

Il ne se laisse plus rien passer.

 

Il devient son propre esclave.

 

Pour assurer sa subsistance.

 

Pour ne pas finir dans le caniveau comme son père.

 

Il voue une haine sans précédent à ses failles, ses faiblesses, son vague à l'âme, son indécision et ses peurs.

 

Il les combat sans relâche.

 

Il rejette avec une rage absolue tout ce qui pourrait le rapprocher de son père, cet indolent, faible et mélancolique.

 

Il remonte son nom de famille hors du caniveau.

 

Il redevient respectable.

 

Et sa lignée continue.

 

Exempte de toute faiblesse.

 

Une lignée d'hommes dont la dureté et la violence n'a d'égal que la réussite sociale.

 

Des hommes qui sont aussi durs avec eux même, qu'avec l'extérieur.

 

Des hommes implacables.

 

A l'image jadis, de ce marchand d'esclaves…

 

Des hommes rigides et sans émotions, qui persécutent toute faiblesse, qui combattent la vie,

 

Mais qui finissent inlassablement fous,

 

Alcooliques,

 

Ou malades.

 

Lorsque le corps reprend ses droits et élimine la partie persécutrice, qui les met en marche forcée.

 

Lorsque le corps chasse la dureté comme un cancer.

 

Jusqu'à présent, tous les premiers nés avaient été des mâles.

 

Presque tous.

 

FÉVRIER 2024 - ALSACE

 

J'ai mal au ventre,

 

Comme s'il contenait un corps étranger,

 

Un vortex noir, dévorant, violent,

 

C'est ce que depuis enfant j'appelle « la petite porte de la folie ».

 

Car j'ai vu mon père passer de la colère à la rage incommensurable, lorsqu'il traversait cette porte intérieure.

 

Je me connecte à ce vortex qui m'empêche de me reposer,

 

Qui me torture,

 

Et je vois apparaît en son sein,

 

Une Reine noire en armure.

 

Elle est là pour me pousser, en tant que première née.

 

Me pousser en mode marche ou crève.

 

Qu'importe l'épuisement, la lassitude, la perte de sens,

 

Seul compte d'avancer, encore et toujours,

 

Même bras et jambes cassés et sanguinolents, il faut avancer.

 

Même si avancer donne envie de mourir, il faut avancer.

 

Car il faut combattre ce mal originel.

 

Cette indolence héritée,

 

Cette faiblesse congénitale,

 

Cet élan familial qui a éloigné mon ancêtre de la respectabilité et du respect de ses pairs.

 

Même pas digne d'être un esclave !

 

Je lui montre qu'on est en 2024, en Alsace.

 

Je lui montre l'effet qu'elle a eu son mon père, affaibli, incapable d'accomplir seul les gestes du quotidiens,

 

Qui a tellement tout contrôlé dans sa vie,

 

Qu'il la finit avec la perte de contrôle ultime: de ses membres, de son existence entière, de sa santé,

 

Car Parkinson l'a fait sienne.

 

Je lui montre mon grand père, mort d'hypertension, autre forme létale que prend l'hyper contrôle.

 

Je lui montre mon oncle, que l'hyper contrôle a conduit à se détendre dans la bouteille.

 

Je lui montre mon burn out de 2018, dû également à ma capacité maladive à tenir dans un environnement destructeur pour moi.

 

Et je lui montre alors, à l'inverse, des images de femmes et d'hommes qui vivent une vie choisie,

 

Harmonieuse,

 

Sans se violenter,

 

Et sans que cette compassion à leur égard ne les conduisent à l'indolence et la pauvreté.

 

Progressivement, cette reine noire se nourrit de confiance et d'espoir,

 

Et transmute son image,

 

Devenue prêtresse en toge.

 

L'Ankou est venu pour mon ancêtre, qui peut enfin reposer en paix, liberé des châtiments de la tombe.

 

Je relis mon histoire à la lumière de cette partie qui voulait la dignité pour ma famille Bretonne.

 

Qui voulait que nous assurions notre subsistance la tête haute.

 

Cette partie persécutrice,

 

Qui a conduit mon grand père à faire une crise cardiaque jeune,

 

A diriger son hôtel bar restaurant de luxe sans répit et sans vacances,

 

A rudoyer physiquement ses enfants,

 

Qui a conduit mon père à la maladie de Parkinson après une vie d'extrême violence envers lui même et envers les autres,

 

Une vie d'extrême performance jusque dans ses loisirs,

 

Et qui m'a éduqué de la sorte.

 

Qui a conduit mon grand oncle, lui aussi directeur d'un hôtel, à mourir d'alcoolisme,

 

À persécuter son fils, le « peintre au pieds nus », mort à 42 ans d'alcoolisme, incompris dans son extrême sensibilité, raillé et traité de raté,

 

Indigne d'être le fils de son père,

 

Car il était doux, mélancolique et joyeux en même temps.

 

Je me reconnais autant dans cet oncle doux et rêveur, que dans ces ascendants violents envers eux même et ne se laissant rien passer.

 

J'ai juste depuis enfant refusé la violence envers les autres.

 

Et elle a pourtant parfois débordé lorsque je me sentais humiliée, rabaissée …

 

J'ai beaucoup de tristesse pour ces vies persécutées,

 

Pour cette Bretagne, « terre de honte »,

 

Pour ces Bretons, fuyant et combattant cette honte par la dignité,

 

Pour ces douleurs non dites.

 

Beaucoup de compassion et de compréhension pour ce père tenant tant à ce que sa fille soit « digne »,

 

Qui n'a admis le concept de burn out qu'au moment où sa maladie de Parkinson s'est déclarée,

 

Ce moment où sa partie persécutrice a pris sa retraite,

 

Au moment où lui même l'a prise…

 

Parce qu'elle avait rempli son office: imposer à mon père d'assurer sa subsistance avec dignité et honneur.

 

Alors je comprends mieux pourquoi, alors que je n'ai jamais eu le moindre soucis d'argent concrètement, j'en vis dans ma tête et dans ma chair depuis que j'ai la responsabilité d'assurer ma propre subsistance.

 

Je comprends mieux pourquoi mon père a toujours thésaurisé malgré son salaire,

 

Je comprends mieux mon appétence pour Vinted et mon sentiment de triomphe de faire des économies.

 

Je comprends mieux ma mère aussi, effarée de vivre avec de tels « radins », elle qui plus jeune exultait de pouvoir acheter des robes chez Cacharel, en gagnant moins que moi…

 

Je portais la mémoire d'un autre.

 

Je portais cette injonction à la dignité.

 

La dignité d'assurer ma subsistance, coûte que coûte.

 

Cette injonction à la force, au rejet de la faiblesse, de toute émotion.

 

Et elle n'a commencé à jouer son rôle qu'au moment où j'ai commencé à travailler, en 2007.

 

Conduisant à me dissocier de mes peurs, de mes faiblesses, de mes doutes et de mes états d'âme.

 

Mais aussi en partie de mes intuitions, de ma joie et de ma créativité.

 

En mode marche ou crève…

 

Et la libération de cette mémoire explique aussi pourquoi j'ai vécu très différemment le burn out de 2018, et celui de 2025.

 

Sans brutalité à mon égard.

 

En écoutant mon corps, en laissant cette anxiété sortir pour finalement ne plus guider mes perceptions.

 

En permettant à mon corps de passer en mode « réparation et restauration », aka le ventral dorsal.

 

En étant libérée aussi de cette terreur de devoir assurer ma subsistance… ce qui m'a permis aussi de rouvrir une entreprise, cette fois avec des tarifs en accord avec mes valeurs et ma vision du monde.

 

Libérer les mémoires du corps a un impact concret et durable sur nos vies,

 

C'est pas juste un voyage dans les couloirs du temps.

 

PS: pour en savoir plus sur l'histoire Bretonne, la thèse de Ronan Le Coadic, intitulée « de la domination à la reconnaissance: Antilles, Afrique et Bretagne », parue aux Presses Universitaires de Rennes en 2013, contient un chapitre intitulé: « les bretons, des « nègres blancs »? », pp 349-366.

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